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 Welcome Home. [ Elsa Rosefield.]

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Evy Rosefield
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MessageSujet: Welcome Home. [ Elsa Rosefield.]   Lun 25 Jan - 15:32

    Il fallait souvent, dans la vie, se faire à l'idée que l'on s'était trompé au sujet de certaines personnes. C'était toujours quelque chose de laborieux, divisé en plusieurs étapes, variables selon les individus. Il y avait d'abord l'incompréhension. Cette sensation que non, ce n'était pas possible, il devait y avoir une erreur. C'était une personne que l'on connaissait comme notre poche, on pouvait anticiper chacun de ses faits et gestes. Ensuite, il y avait la colère, parfois la haine, ce sentiment d'avoir été manipulé. Comment cette personne qu'on appréciait tant avait-elle pu ainsi nous traiter ? N'était-ce donc pas un sentiment réciproque ? Apparemment non. Et ensuite, il y avait cette indifférence feinte vis à vis de l'autre. On s'efforçait de ne plus y penser, de ne même plus le regarder.
    Et à chaque fois, c'était le même vide qui se creusait quelque part vers l'estomac.

    Il y avait, près du parc de Storm Garden, une rue assez fréquentée dans laquelle se trouvaient diverses boutiques. Il s'y trouvait également Evy, qui errait sans but défini, n'ayant pas grand chose d'autre à faire. Sa vie se résumait beaucoup à ça, ces derniers temps. Errer. Elle n'avait, pour ainsi dire, plus personne à ses côtés. Sa sœur l'avait abandonnée, préférant de loin la chaleureuse froideur de l'école, Quentin s'était avéré être un ennemi, et maintenant, Joshua lui-même semblait en avoir assez d'elle. Alors c'était tout naturellement qu'elle avait dévoilé sa vraie nature. Peut-être deviendrait-elle elle-même un membre actif des non groupés, le jour où ils recruteraient. Evy aurait aimé parler. Parler de tout, de rien, du sentiment de trahison qui s'insinuait en elle, se diffusant lentement dans ses veines, étreignant son cœur, le serrant, pour faire monter en elle quelques larmes qui, par bonheur, ne se résignaient jamais à couler sur ses joues blanches. Elle n'avait jamais considéré Quentin comme un grand ami. Elle l'avait juste perçu comme celui qui voulait bien discuter avec elle, lui donner l'illusion que tout allait pour le mieux. Et tout semblait devenir un peu mieux. Jusqu'au funeste jour où le fond du jeune brun se fut révélé. Evy s'en souvient à merveille. Il ne faisait guère chaud, à vrai dire, bien que l'hiver fût encore loin. Ils marchaient tous les deux le long de Storm Garden, pour se rendre en ville - au ciné, du moins - afin de passer une soirée tranquille. Ils étaient arrivés à la limite de la ville lorsque, derrière eux, un cri de frayeur s'était élevé. Horrifiée, Evy avait voulu aller aider la jeune femme qui, sous leurs yeux, était en train de se faire enlever. Cependant, Quentin n'avait pas bougé d'un poil, et semblait même prendre du plaisir à regarder le spectacle. La rouquine s'était alors difficilement retenue de lui asséner un coup de poing, tandis que la vieille voiture s'éloignait, laissant planer derrière elle comme l'écho des cris d'une victime qui aurait pû être sauvée.
    Ce fut la dernière fois qu'Evy accepta de sortir avec lui. Elle revoyait chaque soir les yeux implorants de la jeune fille, qui peu à peu se transformaient en son propre regard, à elle, Evy Rosefield,l'une des trop nombreuses victimes de cette ville.

    Cela s'était passé une semaine plus tôt. Une semaine qui avait suffi à la jeune femme à ressentir de nouveau une sorte de vide en elle-même, dû à son agression, et renforcé par celle qu'elle n'avait même pas empêché. Alors elle errait sans but défini dans les rues grises d'Angleterre, attendant l'heure d'aller au travail, de regarder tous ces mâles ingérer leur poids d'alcool, éviter soigneusement le regard de celui qui allait parfois s'y aventurer, s'occupant l'esprit du mieux qu'elle pouvait. Ses pensées aussi grises que les nuages qui planaient au-dessus d'elle furent interrompues lorsque, de l'autre côté de la rue, elle aperçut une silhouette familière. La silhouette d'une personne à laquelle elle pensait quelques minutes plus tôt à peine. Elsa. Elle était plantée là, sur le trottoir d'en face, à fixer Evy de la même façon qu'Evy la fixait, figée dans la même expression qu'elle. Son exact reflet. Quelques secondes s'écoulèrent. Quelques lourdes secondes durant lesquelles les jambes de la rouquine semblèrent déterminées à ne plus lui obéir. Lourdes secondes durant lesquelles elle songea à aller la serrer dans ses bras, mais qu'elle n'avait pas eu le cran de faire une semaine plus tôt. Lourdes secondes durant lesquelles ce visage apeuré se dessina devant elle. Mais non, Evy ne bougea pas d'un poil. Le seul mouvement qu'elle fit, ce fut reculer lorsqu'elle constata avec surprise que la jeune femme rousse traversait la route d'un pas décisif, se dirigeant vers elle sans ralentir l'allure.

    Il y a parfois des gens que l'on ne peut pas oublier, qui sont rattachés à nous d'une quelconque manière. Son manteau noir était détaché, laissant entrevoir un t-shirt gris très foncé, et une camisole au dessus, blanche. Bizarrement, ces temps-ci, elle s'était mise à écrire et à essayer de se débrouiller au piano. Un instrument divin, selon elle. Et elle ne demandait de l'aide à personne, ne faisant que s'infiltrer pendant la nuit dans le local de musique de Stom Garden. En voyant sa sœur jumelle, Evy prit le chemin de Storm Garden, espérant y trouver refuge avant que sa sœur sorte de cette transe qui s'était prise des deux jumelles. Ses pas ne raisonnaient pas, au contraire. Elle faisait du mieux qu'elle pouvait pour ne pas réveiller la curiosité de sa sœur. Peut-être était-ce déjà trop tard.. Mais l'espoir existait encore. Après quelques minutes de marche, Evy entra dans la grande école, la tête basse, aucune émotions visible ou déchiffrable sur son visage. Expression neutre et normale, que seule sa sœur savait décrire ou déchiffrer. Les couloirs semblaient s'allonger, devenant interminables. Des élèves étaient encore dans l'école, mais que quelques uns. C'était plutôt les intellos qui révisaient. Pas de quoi avoir vraiment la frousse. Enfin, elle entra dans la salle de musique, s'installant dans le fond de la salle, près du piano. Ses doigts s'aventuraient sur chacune des touches, appuyant dessus par moments.
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Elsa D. Rosefield
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MessageSujet: Re: Welcome Home. [ Elsa Rosefield.]   Mer 27 Jan - 15:56

    La journée touchait maintenant à sa fin, comme toutes les autres avant elles l’avaient fait, que ce soit celle de hier ou celle d’il y a des années. Ce cycle continu continuait malgré tout, la Terre continuait évidemment de tourner, malgré ce que les gens pouvaient penser ; rien ne pouvait arrêter la course mortelle du temps. Parce que oui, chacune de nos secondes sont comptées. Elles sont comptées, parfois la fin vient plus vite que l’on peu le croire, malheureusement. Le soleil se couchait, laissant derrière lui des étendues de nuages rosés et orangés, un magnifique coucher de soleil. Lentement, la ville s’endormait. J’avais pu observer dans les rues le nombre de personnes diminuer plus le temps avançait. En fait, je ne sais pas vraiment ce que je faisais ici. Peut-être le destin me conduisait lentement vers quelque-chose, sans que je ne sache vraiment de quoi il s’agissait.

    Avec des pas nonchalants, mon regard d’émeraude s’élevait vers le ciel et un air pensif était dessiné sur mon visage pâle. Non, pas de sourire, pas ce soir. J’étais trop préoccupée, j’avais trop la tête ailleurs, pour même tenter de prétendre que j’allais moindrement bien. Bah, en fait, pour ma part, tout allait bien : moi et Jayson nous avions répétés nos dernières compositions il y a de cela quelques heures seulement, j’avais parlé à Will et j’avais encore une fois retrouvé Jayson pour parler de tout et de rien dans le parc de Storm Garden pendant une de mes longues pauses avant que les cours ne daignent recommencer leurs cours. Non, ma consternation ne venait pas de moi. Elle venait de ma sœur, ma jumelle. Ça devait faire une semaine maintenant que tout semblait mal aller. Pour une raison ou une autre, Evy, un soir, était rentrée avec un air différent au visage, refusant cependant de dire un seul mot, restant aussi muette qu’une tombe malgré mes regards suppliants et inquiets et malgré mes moindres paroles. D’après moi, ça avait été une cause totalement perdue, mais je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir mal pour elle, ma sœur, pour sentir qu’elle n’allait pas, que quelque-chose clochait. Quelque-chose de profond, car c’était bien rare que je la voyais dans un tel état de panique. Un vrai nonsense.

    Après avoir laissé mes yeux reposer sur la couche bleutée du ciel s’obscurcissant, je le posais sur mes pieds en laissant un long soupir s’échapper de mes lèvres fines. Je n’avais pas été mieux, non plus, durant les dernières semaines. En fait, je ne lui avais pas vraiment parlé, trop occupée avec les devoirs et mes amis, dont Will et Jayson. Maintenant, en remettant tout en question, comme je le faisais si rarement dans mes moments de solitude et de… De tristesse, revoyant le visage de ma sœur, sans sourire, son regard aussi triste que le mien… Qu’est-ce qui avait bien pu me faire oublier ma sœur ? Parmi tous mes amis et mes passions, elle restait pourtant la plus importante… Mon cœur sembla se déchirer à ce moment, je me sentais tellement mal de l’avoir laissé derrière moi. Je m’en voulais… Comment avais-je pu être aussi idiote ? Stupide…. Je suis tellement stupide. Ma joie s’était éteinte comme une flamme qu’on souffle sur une chandelle solitaire, ne laissant qu’une fumée, la fumée de nos derniers sourires s’envolant, se dissipant, disparaissant. Mes pieds s’arrêtaient dans leur marche, le bout de mes souliers blancs sur le bout du trottoir. J’avais un sentiment… Je ne sais pas pourquoi. Je levai la tête lentement, mes cheveux virevoltant dans une brise presque inexistante. Une autre rouquine se tenait devant moi, aussi petite que moi, son regard planté dans le mien ; mes entrailles se congelaient en moi et ma gorge se serrait. Ce visage, je le connaissais mieux que personne. Il était la copie conforme du mien, si familier. Evy.

    Voilà le coup du destin, ce coup de destin qui m’avait poussé à vagabonder dans ces rues. Il y avait ma sœur, qui faisait de même. Pendant un long moment, nous étions restées là, à se regarder. Sans même faire un seul mouvement, sans même avoir la volonté de le faire. J’eus un élan. Il fallait que je lui parle. Décidée et poussée par ma détermination, j’avançais en but de traverser la rue qui nous séparait, une simple rue.

    Mais Evy recula. Je la vis faire deux pas de recul, devant mes yeux ébahis. Elle reculait et me tournait le dos, niant ainsi cet émotion de tristesse qu’avait occupé son visage, me laissant là, sur le bout du trottoir que je venais d’atteindre, des larmes amers s’échappant de mes yeux sans que je ne puisse m’empêcher.
    « Evy… » Murmurais-je dans un souffle coupé par ma gorge serrée. Maintenant je me sentais plus mal que jamais, peut-être étais-je allé trop loin pendant les dernières semaines pour qu’elle ne me pardonne. Peut-être que ce sentiment que je sentais en elle depuis les derniers temps m’était rattaché… À ces pensées, j’eus un sentiment de peur qui vint m’envahir, me gagnant comme la noirceur qui gagnait la ville plus le soleil se couchait. Immobile, c’est ainsi que j’étais restée, pendant d’innombrables et interminables minutes, retenant mes larmes, tâche plus difficile de ce que ça en avait l’air. C’est après ce temps que je me décidai de retourner à Storm Garden, cette école dans laquelle était enfouie d’innombrables secrets et mystères.

    Ma sœur me restait maintenant hors de vue, je tentais cependant de ne pas y penser, ça me faisait trop mal, beaucoup trop. Il fallait que je me change les idées, de n’importe quelle manière. J’entendais une voix dans mon esprit qui me disait que Jayson pouvait m’aider, mais je ne voulais pas le déranger avec mes problèmes. Je devais faire face à cette angoisse seule. Je continuais de marcher quand mon attention s’attarda sans retenue sur la grande école qu’est Storm. Ma guitare reposait dans l’une des nombreuses salles de musique. Musique… Ça sonnait tellement bien à mes oreilles, comme mot. Un mot béni, ce qui m’aidait à passer au travers. Le reflet de mon âme, la porte de mon cœur. Tout en marchant, je changeais de cap vers les majestueuses portes de l’établissement, dans un soupir. Il ne s’écoula que quelques minutes entre ma décision et le moment où je poussais les portes, fantôme solitaire rôdant sans but, mes pas raisonnant péniblement dans les corridors d’où les lumières s’étaient fermées, seule. J’étais seule avec moi-même. Seule dans mes tourments dans les corridors sombres d’un collège effrayant. Effrayant, oui, mais j’étais certaine de ne pas me faire déranger ainsi.

    Je passais près de l’auditorium, puis dans le corridor des salles de musique, regardant toujours mes pieds en marchant. En m’y aventurant, j’entendais des notes solitaires fuser dans l’atmosphère. Do, mi, sol, do, sol, mi, do… L’arpège la plus simple à apprendre. Une lumière se diffusait dans les couloirs sombres plus loin. Une porte était ouverte, cette même porte dont j’avais passé le seuil un millier de fois. La salle de musique numéro six. Ma guitare y reposait. J’avais rattaché ma veste blanche rayée de couleurs pastel avant d’avancer vers le cadre de la porte pour regarder qui était installé au piano. La lumière de la pièce se reflétait dans mes yeux en m’aveuglant pendant quelques secondes. Mais sans que mes yeux soient complètement ajustés à cette nouvelle lumière, j’avais reconnu cette personne solitaire assise sur le banc, ses doigts fins sur les touches blanches de l’instrument, ses cheveux de flamme cachant son visage. Comment ne pourrais-je pas la reconnaître ? Mais devant la porte, maintenant, j’hésitais. Devais-je vraiment rentrer, ou devais-je partir ? Elle ne voulait peut-être pas me voir, peut-être encore moins me parler. Mes réflexions ne durèrent cependant pas longtemps, car pendant que ma tête réfléchissait, mon cœur, lui, parlait. J’avançai donc vers ma sœur et avant même qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit, je l’enlaçais. C’était le cas de le dire, maintenant : Aucune phrase ne pouvait décrire à quel point elle m’avait manqué. Je restais silencieuse, sans dire un seul mot. Je savais qu’elle pouvait comprendre ce geste et qu’elle l’interpréterait surement plus loin qu’un simple câlin.
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Evy Rosefield
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MessageSujet: Re: Welcome Home. [ Elsa Rosefield.]   Jeu 28 Jan - 15:37

    La liberté n’était qu’un mot, un seul et petit mot sans définition particulièrement élaborée. Mais dans les cœurs des âmes rebelles, il voulait dire beaucoup. L’évidence et l’inconscience s’étaient rencontrés pour former ce tout qu’on appelle le risque, tandis que la paix n’est une face. Une face inévitable, mais indescriptible. L’amour n’est qu’une chanson qu’on chante à tout les jours, qu’on fredonne lorsque l’on est triste, que l’on crie lorsque la colère nous immerge complètement dans son torrent. On use nos souliers chaque jour sur le dos de la liberté, espérant se frayer un chemin dans la foule, et ressortir encore vivant de cette grande aventure. Chaque soir, on prie envers cet individu nommé Dieu, lui demandant des millions de faveurs égocentriques, sauf de rester encore en vie. Quelle ironie. Voici ce que j’appelle un cercle vicieux rempli d’inaptitude et de vanité. Le cœur reste toujours lourd, pourtant. Il touche le sol à chaque syllabe prononcée, à chaque mot blasphémant. Et la vie telle qu’on la connaît n’est plus. Tout ce qu’on chérissait n’est que poussière, parmi les millions de corps abattus au nom de la liberté, de la justice et de la vanité. Alors, ces mots ont-ils vraiment une définition digne d’être lue, écrite et gardée pour des siècles et des siècles à venir? Sommes-nous digne de marcher sur ces corps affaiblis, transpercés par l’insolence et la cupidité?

    Les doigts de la jeune rousse glissaient toujours sur les même touches, recréant toujours les mêmes sons. Pour l’instant, ce n’était que les seuls accords qu’elle connaissait. Elle s’y était mise il y a près de deux semaines et pourtant, Evy était dans l’incapacité de passer à autre chose, de commencer une nouvelle gamme. Il n’y avait pas une minute où elle n’y avait pas mis de l’effort, mais en vain. Ses pensées étaient quelque peu tourmentées par sa sœur, qu’elle avait osé laisser là bas. Evy ne s’était pas enfuie, bien sûr que non. Elle avait simplement ressenti une sorte de malaise au niveau du ventre.. Vous voyez le genre? Ce malaise qui vous force à reculer, le même que la peur. Peut-être que, dans sa tête, la belle rousse se disait simplement que sa jumelle avait quelque chose de mieux à faire en ce bel après-midi. Ou qu’elle avait des amis à rencontrer.. Quoi qu’il en soit. Evy ferma les yeux, soupirant d’acharnement. Oui, elle regrettait intensément l’instant où elle avait quitté la petite rue pour aller se terrer dans la salle de musique. La jeune femme s’arrêta de jouer, retirant son costard noir, qu’elle déposa par terre ensuite. Son visage semblait attristé, comme rempli de remords intransigeants envers elle-même. Ses yeux, eux, étaient quelque peu plissés, pour pouvoir retenir difficilement les quelques larmes qui y étaient prises. Sa main revint se placer au dessus du piano, sans toutefois toucher les notes. Elle n’avait plus envie de jouer. Cette amère déception pise entre sa gorge et son cœur l’en empêchait. Cette boule de remords et de colère s’était éprise de son ventre, le tiraillant vivement. Mais que pouvait-elle vraiment y faire?

    Cette main retomba lourdement sur les notes, créant un amas de son empilé et fracassé. Il retentit très fort dans la pièce, n’engendrant aucune réaction de la part d’Evy. Sa solitude lui plaisait bien quelques moments, mais pour celui-ci, c’était irrévocablement différent. Elle inspira un bon coup, laissant cette main morte sur les trois ou quatre notes qui ne résonnaient plus désormais. Son cœur meurtri s’acharnait à battre dans sa poitrine, tandis qu’elle fermait doucement les yeux. Elle ne pensait à rien, ni à personne en ce moment. Son seul but était de se calmer, de régresser ses sentiments et ses ardeurs. Prise dans son moi intime, elle n’entendit pas les pas résonner dans le couloir de l’Auditorium. Mais ils s’arrêtèrent bien vite, ne laissant place qu’au silence. Evy rouvrit les yeux, les posant sur le plafond. Des mains & bras créèrent une étreinte autour d’elle, tandis que son regard restait surpris, mais de glace. Evy était encore quelque peu empreinte dans sa solitude.. Ses yeux se fermèrent à nouveau, et les seuls mots qu’elle put prononcer furent :


    -Elsa.. Est-ce que tu vas bien?

    Au fond, Evy le savait. Elle le savait qu’elle lui avait fait du mal en la laissant là, sur le bord d’une petite rue, seule. De plus, elle savait ce qu’était la sensation d’avoir été abandonnée. Alors, pourquoi avoir légué ce sentiment à la personne qui lui était la plus chère au monde? Aucune réponse, aucune hypothèse.
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Elsa D. Rosefield
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MessageSujet: Re: Welcome Home. [ Elsa Rosefield.]   Jeu 28 Jan - 16:57

    Beaucoup, me voyant ainsi, auraient surement pensé que ce n’était pas moi, que c’était quelqu’un d’autre, une autre artiste me ressemblant. Évidemment, ce n’est pas mon genre d’être ainsi. Non, Elsa Rosefield n’avait jamais pleuré, ce ne pouvait pas être elle. Elsa, c’est une boule d’énergie inépuisable qui continue dans un torrent incessant. Ce n’est pas celle qui se laisse abattre à rien, c’est l’optimisme incarné, celle qui voit le bon côté de tout, qui se fout de ce que les autres pensent et qui a toujours un grand sourire au visage ! Celle qui fait ci, celle qui fait ça… Qui n’a jamais fait ci, qui n’a jamais fait ça… Ouais. Me connaissent-ils vraiment ? Savent-ils qu’en tant qu’être humain, je peux me permettre de verser des larmes quand tout va mal ? Que je ne peux pas toujours prétendre d’aller bien quand tout semble s’être tourné à l’envers, quand tout semble être contre nous, quand l’abandon vient cogner à notre porte comme la mort qui vient nous chercher pour nous emmener loin de cet endroit maudit ? Ils n’y comprennent rien. Rien du tout. Ils ne voient pas la vie du même angle que je le vois, en ce moment. Ils ne voient que le matériel et rien dans l’émotionnel. Ils ne savent pas ce que c’est d’être pris dans cette situation quand tu es quelqu’un qui s’inspire du vide, des choses qui l’entourent, qui crée avec passion. Oui, un artiste. Car les artistes sont des gens sensibles, me disait ma mère. Ils voient tellement profondément dans la vie des gens qu’ils peuvent s’immerger dans leur désespoir, comme un poète qui transcrit tout sur une feuille qui témoigne de son angoisse, de sa douleur. La musique c’est la même chose. C’est des vers, des strophes et des paroles incomprises par la plupart, dont les plus habiles comprennent et dont les autres ne comprennent rien et ne font qu’écouter pour ce qu’ils croient entendre. Il faut se laisser emporter dans la mélodie, bercer par ses notes, se noyer dans les sentiments que l’on y ressent. Prendre une grande respiration, les sentir nous envahir, et expirer, tandis que la blessure se gruge ou se guérit, se sentant déjà mieux d’avoir pu se soulager le cœur avec cette mélodie.

    Le regard de ma sœur s’était levé, je voyais bien sa surprise. Elle ne s’y attendait pas, c’était certain. Comme si on s’attend à se faire attraper par derrière quand l’école est vide de toute âme. Je tenais Evy doucement en retenant toujours des larmes qui ne voulaient que ça, sortir de mes yeux et s’échapper. J’avais le goût de pleurer, de me jeter dans ses bras et de pleurer. Et je sais qu’elle en avait envie aussi, je n’avais pas vu beaucoup de son visage mais j’avais senti sa détresse intérieure et sa peine. Je ne savais pas si elle voulait de moi en ce moment, mais ça m’était égal. J’avais besoin d’elle, en ce moment. Je ne voulais que lui parler, régler de grand vide qui s’était formé entre nous deux à travers les dernières semaines, ce mur qui se construisait entre nous deux. Je voulais le détruire en des milliers de petits fragments invisibles. Je ne les voulais pas. Je tiens à Evy comme je ne tiens à personne d’autre, même pas Jayson. Aucun mouvement, aucun son : Tout était complètement silencieux, rien ne pouvait briser ce silence sauf nos deux respirations et le son de mon cœur qui crie son agonie, ce son déchirant et agonisant.

    Mais il se brisa après un moment quand ma jumelle laissa s’échapper de sa bouche que quelques mots, dont le premier était mon nom, ce qui me fit encore une fois une réaction de glace qui se fracture dans mon cœur. Au début j’eus peur qu’elle me dise de la laisser seule, mais ses paroles se voulaient pourtant apaisantes. Pour seule réponse à ce qu’elle venait de dire, je ne pus que difficilement retenir un sanglot, qui fusa dans la pièce avant que je ne l’étouffe, laissant quelques larmes perler sur ma joue. Je tremblais, je me sentais trembler. Et j’avais mal, mal de tout ce que j’avais fait, et mal par cet abandon que j’avais subi, que j’avais fait subir. Je m’en voulais tellement. Je serrai ma sœur plus fort à ce moment, ne pouvant que difficilement retenir mes larmes. J'essaya de dire un mot, de m'excuser pour ce que j'avais du lui faire endurer pendant les derniers jours, la laissant de côté, mais rien ne voulait sortir, tellement ma gorge était serrée. Cette fois je ne pus me retenir plus longtemps, les larmes que j’avais gardées ensevelies profondément en moi s’échappèrent d’un seul coup, je fondis en larmes. J'avais trop mal pour que cette blessure reste incomprise.
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Evy Rosefield
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MessageSujet: Re: Welcome Home. [ Elsa Rosefield.]   Mar 2 Fév - 15:27

    Elsa l’entourait toujours de ses bras, tremblante comme une feuille. Avait-elle peur d’Evy? Voyons, il ne fallait pas. La jeune femme ne ferait pas de mal à une mouche.. Enfin, c’est variable d’un individu à un autre. Mais à sa sœur, elle ne ferait jamais de mal. Jamais, ô grand jamais. Elle ne supporte pas ses pleurs, comme sa douleur. Alors pourquoi voudrait-elle lui faire du mal? La froideur de ses mots avaient blessé Elsa, et la jeune rousse le savait bien. Il ne fallait pas être Einstein pour le comprendre, ou le déceler chez Elsa. Elle aurait dû faire plus attention, mais ses paroles avaient résonné de cette façon. De cette façon froide, mais avec toute l’attention du monde braquée sur sa jumelle. Tandis que la jeune femme reposait ses doigts sur les touches, Elsa se mit à pleurer, ne répondant pas à la question d’Evy. Cette dernière inspira grandement, avant de lâcher définitivement le piano. Elle posa une main glacial sur le bras d’Elsa, pour lui démontrer qu’elle était là, qu’elle la comprenait. Même si, durant ces dernières semaines, elles n’avaient pas été ensembles et ne savaient pas l’une de l’autre ce qui s’était passé, Evy pouvait savoir qu’elle avait souffert. Elle voulait savoir c qui l’avait détruite ainsi, ce qui l’avait fait craquer.

    La belle rousse ne savait plus quoi dire pour réconforter sa sœur, bien qu’elle y ait réfléchi longtemps. Elle ne savait plus qu’elle phrase inventer pour que tout redevienne comme avant, que tout se remette en place. Non, elle ne savait plus. Le son des pleurs d’Elsa lui faisait mal au cœur, y creusant une plaie béante. Tous ces jours passés loin l’une de l’autre ne les avait pas aidées toutes les deux. Evy ravala ses larmes, tentant de dissimuler sa peine et sa douleur. Ce qui se passait en cet instant était totalement incontrôlable. Pourtant, il n’y avait qu’elles dans la pièce. Ce n’était pas si difficile à arranger, au premier regard. Mais si on se mettait à chercher, on pouvait voir que la faille était difficile à trouver, mais surtout à réparer. La jeune femme ferma les yeux, tentant de se calmer elle aussi. Oui, je vous le dois, en apparence, Evy avait l’air vraiment calme. Mais c’était à l’intérieur d’elle-même que tout se passait. Son ventre semblait faire de plus en plus mal, et sa gorge se serrait. Cette boule qui semblait s’y être réfugiée était toujours là, attendant un moment de faiblesse pour donner son coup de grâce. Il n’y avait rien à faire pour l’instant. Les deux jumelles avaient besoin de ce moment, bien plus qu’elles le croyaient.

    Evy prit une grande inspiration, puis se décida à prendre son courage à deux mains.. De réagir, quoi. De mettre un terme à ces pleurs, et à cette douleur. Elle n’en voulait plus, elle désirait les jeter au loin et qu’ils ne reviennent plus jamais. Mais elle savait qu’elle n’avait ce pouvoir. Alors tant pis, on peut toujours essayer. Elle adressa la parole à Elsa, mais doucement cette fois-ci.


    -Hé, Elsa. Arrête de pleurer, veux-tu? On va rentrer à la maison, et tout va bien aller. Allez, je crois qu’on est vraiment dû pour une soirée film, tu crois pas?

    La jeune femme se mit à sourire, se retournant pour serrer sa sœur dans ses bras. Elle lui avait tant manquée.. S’en était fou à quel point. Elle avait tellement eu envie de serrer Elsa dans ses bras aujourd’hui.. Ce geste fût comme une libération pour Evy, qui en supportais beaucoup elle aussi.

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Elsa D. Rosefield
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MessageSujet: Re: Welcome Home. [ Elsa Rosefield.]   Lun 8 Fév - 0:54

    Tandis que moi je démontrais toute ma douleur et ma peine dans des larmes salées coulant sur mes joues sans vouloir s’arrêter, ma sœur restait cependant de glace. Elle ne bougeait pas, ne parlait plus ; Ces signes évidents pouvaient en dire gros, cependant, sur ses états d’âmes actuelles. Je la connaissais et je savais qu’elle souffrait. Son caractère et son tempérament par contre lui empêchait de tout laisser sortir comme moi. Pour moi c’était tellement facile de démontrer ma colère, ma joie et ma tristesse que je me demandais pourquoi certaines personnes ne laissaient pas tous leurs sentiments sortir. En voyant ma sœur dans cet état, cependant, je pouvais croire que c’était à cause de leur timidité. Le dernier évènement de la sorte avait été désastreux. En effet, il avait coûté de nombreuses peintures à ma jumelle, ses œuvres mises, dans un élan de rage, en pièces. C’était semblable aujourd’hui, puisque ça faisait plusieurs jours qu’elle ne parlait pas, que son caractère semblait changé sans que je ne puisse retirer cette information. Elle s’était bien cachée derrière son mur, je devais être la seule à la voir comme ça, avec un caractère neutre pour tout cacher derrière cette épaisse carapace. La dernière fois, ce qui avait tout causé, c’était moi qui lui demandais ce qui n’allait pas. Aujourd’hui, je ne voulais pas faire de même, de peur que tout redevienne comme cette journée, qui avait été fatale et qui restait comme une grosse cicatrice au fond de nos deux cœurs. À partir de cette journée, en se réveillant une autre fois, nous avions pourtant su que rien ne pourrait alors nous séparer une autre fois… La main glaciale d’Evy se déposait alors sur mon bras, et cette glace qui avait ensevelie mon cœur depuis plusieurs jours se mettait à fondre. Au Diable la guitare, je n’en avais plus du tout envie.

    Encore une fois, les seuls sons étaient mes pleurs, ma respiration accélérée, ma gorge serrée. Je m’en voulais de n’avoir rien dit, de ne pas lui avoir répondu quand elle avait parlé. Mais je me sentais incapable de le faire, tellement j’avais mal. Les mots auraient sortis tellement bizarrement que sûrement elle n’aurait rien compris. Mais je venais de réaliser qu’Evy ressentait vraiment la même chose que moi, et que malgré tout, je n’étais pas seule dans tout cela. Même si je l’avais bien cru depuis un bon moment, maintenant j’en avais la certitude, et de nous savoir toutes les deux dans un état similaire me faisait une douleur plus profonde. Je savais très bien qu’Evy détestait quand je pleurais ; je ne pouvais simplement pas m’en empêcher. Et ces tremblements étaient liés à ces sanglots que je tentais désespérément de refouler. Cette fois je savais, par contre, elle aussi avait besoin de ma présence. Elle ne me rejetterait pas comme ce que j’avais pensé au départ en rentrant dans cette salle ; ce n’était que des pensées folles et irréfléchies de ma part. Toutes les deux on pensait la même chose, non ? Et cette distance écrasante entre nous deux avait fait pression sur nos épaules depuis trop longtemps. En fait, même si je pleurais, même si je me trouvais totalement idiote d’avoir creusé sans le vouloir cette faille entre nous deux, je me sentais mal de l’avoir abandonné dans ce qui était surement un des pires moments de cette année… J’aurais dû lui en parler au lieu de me cacher dans mon terrier.

    Elle m’arracha de mes pensées démoralisantes avec d’autres paroles, me disant d’arrêter de pleurer. Je n’arrêtais pas, mais je me faisais plus silencieuse, je l’écoutais. Ses paroles valaient très bien celles de ma mère, ce qu’elle aurait dit, dans cette situation. C’est un truc que j’avais toujours aimé, chez Evy, car elle avait cette facette de la personnalité énergique et maternelle de maman. Oui, ça peut paraître idiot. Mais c’est vrai. Aussitôt, les larmes arrêtaient, mais c’était sans compter qu’au plus profond de moi, une vague de soulagement et de bien-être venait de m’envahir aussitôt. Elle se levait par la suite, je la lâchais pour ne pas être trop collante, mais elle se retournait et m’enlaçait à son tour. Il ne suffit qu’une fraction de seconde, de voir son visage, humide mais pourtant atrocement neutre, pour déceler toutes ses émotions, tout ce qui la hantait. Mais ce sourire était rassurant et c’est ce qui me poussa à en faire un elle aussi, serrant ma sœur de plus belle. Comme elle m’avait manqué, comme ça m’avait manqué, cette simple preuve d’affection. C’est avec la gorge toujours serrée mais le cœur mille fois moins lourd que je rompais l’étreinte pour avec un contact avec les yeux d’un vert émeraude identique au mien de ma jumelle, hochant la tête pour approuver ce qu’elle venait de dire. Cette soirée film était quelque-chose que toutes deux nous feraient du bien… Beaucoup de bien.

    « Avec un verre de jus d’orange ? » Lâchais-je sur un ton toujours aussi brisé par l’émotion, plus positive cette fois cependant.
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